Eau & traitement

Eau trouble : les cinq causes possibles, et pourquoi le robot n’est presque jamais la bonne

Par La rédaction · Publié le · Mis à jour le · 1 093 mots

L’essentiel

Le robot traite le dépôt, la filtration traite la suspension. Une eau trouble est presque toujours un problème de filtration, de pH ou de temps de circulation. Avant d’incriminer le robot, vérifiez dans l’ordre : le pH, la durée quotidienne de filtration, la pression du filtre, la présence de floculant, et enfin seulement la finesse du filtre du robot.

La confusion de départ

Un robot de piscine ramasse ce qui repose sur le fond et les parois. Une eau trouble est une eau chargée de particules en suspension, qui ne se déposent pas, ou qui se déposent si lentement qu’elles restent en circulation.

Ce sont deux problèmes distincts et deux appareils distincts. Attendre d’un robot qu’il clarifie une eau laiteuse revient à attendre d’un aspirateur qu’il purifie l’air d’une pièce enfumée.

Un robot à filtration fine aide, parce qu’il fait circuler l’eau à travers son propre filtre pendant deux à trois heures. Mais il traite au mieux 15 à 20 m³ par cycle, quand votre filtration traite l’intégralité du volume plusieurs fois par jour.

Cause 1 : Le pH, dans plus de la moitié des cas

C’est la première chose à mesurer, avant tout le reste, et c’est celle qu’on saute le plus souvent.

Au-dessus de pH 7,6, deux choses se produisent simultanément : le chlore perd jusqu’à la moitié de son pouvoir désinfectant, et le calcaire dissous commence à précipiter sous forme de microcristaux en suspension. Ces cristaux sont précisément ce qui donne l’aspect laiteux.

La correction est simple et rapide : ramenez le pH entre 7,0 et 7,4 avec un correcteur, laissez filtrer 24 heures, et observez. Dans une majorité de cas, le problème disparaît sans autre intervention.

Cause 2 : Le temps de filtration

La règle usuelle est de faire tourner la filtration un nombre d’heures égal à la moitié de la température de l’eau en degrés. Eau à 26 °C : treize heures par jour.

C’est beaucoup, et c’est très souvent en dessous de ce qui est réellement pratiqué. Une filtration de six heures par jour sur une eau à 28 °C ne suffit tout simplement pas à traiter le volume, quel que soit l’équipement.

Vérifiez aussi la plage horaire : filtrer la nuit consomme moins cher, mais l’essentiel de l’apport de polluants a lieu en journée. Une filtration centrée sur les heures de baignade est plus efficace à durée égale.

Cause 3 : Le filtre du bassin, colmaté ou inadapté

Un filtre à sable perd en efficacité bien avant de se boucher complètement. Le signe à surveiller est la pression au manomètre : si elle dépasse de 0,3 à 0,5 bar la pression relevée sur filtre propre, il faut un contre-lavage.

Autre point : le sable d’un filtre s’use. Au bout de cinq à sept ans, les grains s’arrondissent et le filtre ne retient plus les particules fines. Le remplacement du média, ou le passage au verre filtrant, qui descend plus bas en finesse, règle des situations qu’aucun produit ne réglera.

Un filtre à cartouche, lui, filtre plus fin qu’un filtre à sable neuf, mais se colmate beaucoup plus vite. Sur un bassin très fréquenté, il faut le rincer chaque semaine.

Cause 4 : Des particules trop fines pour être filtrées

Certaines particules, argile apportée par la pluie, pollen très fin, résidus d’algues mortes, mesurent 1 à 10 microns. Aucun filtre à sable ne les retient : elles le traversent et repartent dans le bassin.

C’est le seul cas où un floculant est la bonne réponse. Il agglomère ces particules en flocs assez gros pour être retenus par le filtre, ou pour se déposer au fond où le robot les récupérera.

Deux précautions : le floculant est à proscrire sur un filtre à cartouche, qu’il colmate irrémédiablement ; et il faut passer le robot après la sédimentation, pas pendant, sous peine de tout remettre en suspension.

Cause 5 : Et seulement là, le robot

Le robot peut contribuer au problème dans deux situations précises.

Son filtre est trop grossier. Un panier à 180 ou 200 microns aspire les particules fines, les laisse traverser, et les rejette derrière lui en suspension. Résultat : l’eau est plus trouble juste après le cycle qu’avant. C’est mesurable et c’est réel, nous l’avons documenté dans notre test de finesse de filtration.

Son panier est saturé. Un panier rempli à plus de 80 % perd la moitié de son débit d’aspiration et laisse échapper une partie de ce qu’il a capté. Un robot dont on ne vide jamais le panier finit par brasser plus qu’il ne filtre.

Le protocole de diagnostic en dix minutes

  1. Mesurez le pH. S’il dépasse 7,6, corrigez et attendez 24 h avant tout autre geste.
  2. Relevez la pression du filtre. Plus de 0,3 bar au-dessus de la normale : contre-lavage.
  3. Comptez les heures de filtration réelles. Moins de la moitié de la température de l’eau : augmentez.
  4. Regardez la couleur. Laiteux blanc-gris : calcaire ou pH. Vert : algues. Marron-jaune : algue moutarde ou fer dissous. Chaque couleur oriente vers une cause différente.
  5. Videz le panier du robot. S’il est plein, la moitié de son travail était perdue.
  6. Enfin, regardez la finesse de son filtre. Au-dessus de 150 microns, envisagez une cartouche plus fine si votre modèle en propose une.

Le cas de l’eau qui se trouble après chaque cycle

C’est le symptôme le plus caractéristique, et le plus mal interprété. Si votre eau est claire le matin et trouble une heure après le passage du robot, puis redevient claire en 24 heures, il n’y a aucune anomalie de traitement : le robot remet simplement en suspension un dépôt que son filtre ne retient pas.

Deux réponses possibles. La première, gratuite : lancez le cycle en début de plage de filtration, pour que la filtration du bassin capte ce que le robot a soulevé. La seconde, payante : passez à un modèle à filtration fine, sous 100 microns.

La troisième, celle que nous entendons souvent et qui ne marche pas : ajouter du chlore. Le chlore désinfecte, il ne clarifie pas.

Ce qu’il faut retenir

Le robot est un outil de brossage et de ramassage. Il est irremplaçable pour cela, et c’est déjà beaucoup : il évite les taches de tanin, empêche l’installation du biofilm et prévient les départs d’algues.

Il n’est pas un système de traitement de l’eau. Si l’on attend de lui la limpidité, on sera déçu quel que soit le budget engagé, et l’on aura dépensé 1 500 € pour un problème qu’un correcteur de pH à 12 € aurait réglé.

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